J21 : La Romieu – La Chapelle Routges – 29,42km – D+482m – D-513m – 7h03
21ème jour de marche, dit autrement cela fait trois semaines! Et ce matin, en quittant le camping de La Romieu vers 6H30, je me sentais en jambes! Bien mieux que la veille! Les pousse rapières en moins, ça se sent! Je décide donc de ne pas suivre les distances préconisées par les guides et fais le choix de m’arrêter n’importe où, n’importe quand. Et de me payer le luxe de faire un peu de tourisme!
Il fait soleil lorsque j’arrive à Castelnau-sur-l’Auvignon. Ce nom de village ne te dit sans doute rien, mais je tenais absolument à le traverser, pour le symbole et le souvenir : ce village fût presque complètement détuit par l’armée allemande en 1944 après l’avoir encerclé car une alliance franco-espagnole avait développé un maillon de résistance important au sein de Castelnau. De fait, les allemands voulaient à tout prix la détruire. Il y eu plusieurs combattants résistants tués au cours des combats, mais la population avait été évacuée et les principaux membres de la résistance avaient pu également s’échapper. Presque par vengeance, l’armée allemande a donc détruit le village… Ambiance un peu pesante lorsque l’on s’y trouve. Ce lieu est souvent décrit comme un lieu de passage incontournable du pèlerinage, et est reconnaissable parce que l’on passe entre l’église et la tour du château, l’image est souvent montrée dans les guides et vidéos.
Ensuite, direction Condom (le « m » ne se prononce pas, se dit donc « condon »). Il y a des villes où tu te sens accueilli(e), ou qui, d’un simple coup d’oeil, tu te dis, waouh, sympa ici. Et puis, il y a Condom… traduit de l’anglais, tu pourrais penser que cette ville aurait une allure protectrice (n’oublie pas, sors couvert(e)) et bien, pas du tout. Seul son centre ville est sympa, animé, grâce aux terrasses et à l’office du tourisme! La Place Saint Pierre (quand t’y vas d’habitude c’est au Vatican) est jolie, la cathédrale du même nom magnifique, et sur le parvis trône la statue des quatre mousquetaires, nés d’une transaction inter marchés entre gascons et gerçois, au carrefour des routes insécures et aux champs souvent mal fréquentés à l’époque. Dartagnan était Gascon et semblerait-il né à Condom ou en tous cas dans les environs, mais cela reste à vérifier sur les registres. Je quitte la ville et renconte Francis, ex nordiste, installé ici depuis une quinzaine d’années. Il m’accompagne jusqu’à une boulangerie, et me raconte sa vision de la ville. Il n’aime pas l’esprit de la région, il trouve les gens d’ici pas très accueillants, la population se dégrade et a foriori la qualité de vie. Désolé que nous nous quittions, il m’aurait bien invité au barbecue ce soir qu’il organise en la venue d’amis de Douai! Mais j’ai trouvé mon sandwich et le chemin m’appelle. Gros malin que je suis, je n’avais pas vu que ma gourde était mal fermée, et lorsque j’étais à l’office du tourisme pour prendre quelques informations, j’ai noyé le sol de l’OT et la charmante hôtesse a dû éponger ma catastrophe. J’ai proposé de passer la serpière, mais elle n’a pas voulu et cela l’a plutôt fait marrer! Sur le coup, moi aussi, mais me voilà sans eau. Je passe à la capitainerie du petit port situé sur la rivière La Braïse (à une lettre près, on a eu chaud à Condom!), et le tenancier, bourru de prime abord, a l’air de me faire comprendre que je l’emmer…, il n’arrive pas à ouvrir ma gourde filtrante, me dit « comment ça s’ouvre vot’ bazar? » avec un zéro sourire qui me fait penser que pour me faire ch… il va me la remplir d’eau chaude! Et bien que nenni! Ça doit être ça l’accueil gascon : froid, bourru, du style « oublie pas que tu es d’abord chez moi » et après seulement ça se déride. D’ailleurs, en le remerciant, il me répond « avec plaisir » et m’indique la bonne direction du chemin puisque je m’en étais éloigné! Finalement, l’eau était bien fraîche et l’homme sympa au second abord!
N’empêche, je n’ai pas super aimé Condom.
La suite, au contraire, relève de l’enchantement! Véritable coup de foudre à l’arrivée à Larressingle! L’hospitalière au Puy-en-Velay m’avait décrit ce village, classé au patrimoine des beaux villages, comme la plus petite ville fortifiée de France! Et je la crois! Elle tient dans un demi terrain de football, s’offre aux yeux à la dernière minute et est simplement sublime. Deuxième offre d’emploi pour moi : je veux être gardien de ce village! où on a l’impression qu’un des mousquetaire va jaillir de derrière la tour! A l’époque, ce bourg du XIIIe siècle abritait environ deux cent personnes, et les habitations, accolées aux remparts venaient renforcer les fortifications tout en laissant la place libre au centre du village. Et l’on s’y sent très bien! Les rénovations sont très bien faites en respect de l’original, certains bâtiments sont restés dans leur jus, mais sans faire ruines. Et magie du lieu, au centre, un glacier artisanal qui propose des délices à tomber par terre. Comme il fallait attendre voir si l’orage allait péter ou pas, petite pluie de surcroi, j’y ai pris mon dessert, et suis tombé par terre tant cette glace aux trois parfums était excellente! Magie du chemin!!!
En repartant, je regagne le GR65, direction le Pont de Lartigue, encore un lieu symbolique puisqu’à proximité de ce pont romain, est planté le panneau « Saint Jacques de Compostelle à 1000km ». Ça y’est, la distance pour arriver à Santiago passe à trois chiffres à partir d’aujourd’hui. Il reste 990km pour arriver à ce but.
Je suis super heureux d’être arrivé à ce panneau!
Mon prochain objectif : installé à côté d’une chapelle au sommet d’une petite colline entourée de vignes où je vais bivouaquer ce soir, il me faut d’abord surprendre les animaux qui font du raffut derrière les haies. Puis, objectif suivant : arriver au Pays Basque, plusieurs personnes m’ont dit que c’était magnifique!
Départ matinal, récompensé par l’apparition de biches puis d’un écureuil, ces presque 30km sont passés agréablement. Le physique est au top. J’ai l’impression que les jambes deviennent des machines de guerre. Et quand les jambes et la tête sont d’accord et avancent de concert, j’ai les poils qui se dressent sur les bras en pensant que finalement, c’est peut-être possible…
































Les photos de Larressingle sont superbes, belle découverte touristique.
Impressionnant la distance que tu parcourue. Bravo.
Voilà une nouvelle casquette à ton palmarés : mousquetaire !!! Ton histoire se mèle à l’Histoire , on apprend plein de choses grâce à toi , bon guide touristique en plus (et encore une !!! ) .
Les shadocks pompaient…pompaient…pompaient…
Notre trekker marche…marche…marche…
Curieux le bonheur…
Et en plus tu fais le tour des grandes surfaces, littérairement … j’ai bien lu et souris
Bravo pour tout ce chemin parcouru, je m’en vais vite lire les autres articles