J19 : Bardigues – Lectoure – 29,89km – D+576m – D-560m – 6h58
J20 : Lectoure – La Romieu – 19,61km – D+316m – D-306m – 4h29
En quittant Bardigues, j’entre dans le Gers et me dirige vers les 500 kilomètres au compteur.
Ce n’est pas aussi flargant que cela, mais je ressens quelques changements. Les paysages : champs de cultures plus vastes, céréales, tournesols, encore quelques vergers. L’ambiance : je retrouve ces tables en bord de route qui nous proposent eau fraiche, café, fruits, petits gateaux, attentions que les habitants locaux mettent à disposition contre quelques euros. Alors, certes moins souvent qu’en Aveyron, capitale de l’accueil donativo, mais cela fait du bien. Et puis la signalétique du chemin redevient plus fréquente avec ses traits rouge et blanc qui bordent les sentiers et indiquent la direction. Et cette fameuse question : est-il possible de se perdre le long du Camino? MA réponse est « oui »! Par distraction, cela m’est arrivé plusieurs fois, ou parce ce que tu papotes et que personne ne fait plus gaffe à la signalisation, ça s’appelle « faire confiance au chemin », et parfois parce que le sentier qui va vers la droite a l’air bien plus sympa et tu sens qu’il y a quelque chose à aller voir au bout… ça s’appelle l’optimisme sur le chemin. La vraie question est plutôt « peut-on se perdre » sur le chemin? Et là, la réponse est formelle : non, il est impossible, jusqu’à aujourd’hui, de se perdre ici. Le chemin est le GR65, sentier de grande randonnée, très bien entretenu et super bien balisé. Il suffit de suivre les deux traits blanc et rouge horizontaux et tu es comme sur des rails. A chaque changement de direction, la signalisation indique dans quel sens tourner… et régulièrement, un affichage indique la distance jusqu’à la prochaine ville, voir la prochaine étape. Depuis le départ du Puy-en-Velay, je n’ai quasi jamais utilisé d’application de guidage pour m’orienter. Economie de réseau et de batterie du smartphone! Donc, on peut se tromper si on le veut, mais on ira jusqu’au bout en suivant les panneaux. En Espagne les couleurs changent, le GR est balisé d’un trait jaune, et les espagnols vénèrent tellement le camino qu’il y a profusion d’informations de guidage!
Le Gers est donc un beau pays. Entre toi et l’horizon, il y a des grandes pâtures, des champs collés aux collines, et ce relief apporte un peu de vie à la vue. Le chemin est tantôt sur des routes bitumées, tantôt sur des sentiers de terre. Et si le dénivelé cumulé semble moins important, chaque jour il y a cette montée qui te casse les jambes. Généralement, elle n’est pas très longue, mais très raide. Alors tu prends patience et tu attaques ça à la vitesse tortue! Les villages traversés sont toujours composés de maisons en vieilles pierres. Sous le soleil depuis plusieurs jours, ils semblent très beaux à chaque fois. A visiter par temps de pluie… Je traverse ainsi le village de Flamarens avec son château et son église contigüe. Quelle drôle d’impression en entrant dans cette église de se retrouver face au panorama ouvert devant soi : tout le mur a disparu, elle est à l’état de ruines! Depuis les années 80 des nouveaux arrivants tentent de sauver ce qui est sauvable. Vaste chantier!
Sur les routes, dans les villages, les panneaux de direction indiquent des noms de villes qui rappellent que tu n’es plus à la maison! Toulouse, Agen (capitale du pruneau, et sur les bords du chemin, régulièrement je cueille des prunes très sucrées!), Auch, Montauban, Astaffort (la patrie de Francis Cabrel). Et depuis plusieurs jours, en se retournant, à cause de la distance et de la rotondité de la Terre, plus aucune trace de l’Aubrac et pas encore d’apparition des Pyrénées…
L’arrivée à Lectoure est difficile, encore un village perché! J’y trouve une aire de bivouac mise à disposition par la ville, mais ne m’y sens pas à l’aise : pas d’acceuil, pas sécurisée, et ce soir feux d’artifice, je n’ai pas trop confiance de laisser mon sac sous la tente, d’autant plus que je n’ai pas payé mon abonnement à la société de surveillance de mon logis! Je trouve un gîte, « Le Pas Sage ». Et quelle belle idée j’ai eu là! Nous nous retrouvons six pèlerins plus Auréliens, notre hôte, autour de la table. Ca discute, avec beaucoup d’humour et dérision à propos du chemin. Nous sommes tous fatigués mais trouvons très rapidement la motivation pour aller ensemble en terrasse attendre ces fameux feux d’artifice. Aurélien nous propose de découvrir le cocktail local : le « pousse rapière »… On dirait une très bonne limonade, mais allongée à l’Armagnac, léger aromatisant local! Ca passe tout seul! A la tombée de la soirée s’offre à notre regard toute la chaîne des Pyrénées! Quel spectacle! Les montagnes sont encore à deux cents kilomètres, elles vont me narguer plusieurs jours durant lesquels je les verrai en ayant l’impression de ne jamais m’en rapprocher!
Les feux pètent, pas trop mal, on s’y retrouve avec nos voisins de tables du bistrot, très allumés, les commentaires et blagues fusent au rythme des explosions… on passe une très bonne soirée. Retour à la terrasse, un, puis deux « douces ma pierre » et retour au gîte. On croise un ancien Président de la République, accompagné de son épouse actrice et de l’un de ses anciens ministres. Curieuse rencontre… Cet homme qui a cotoyé les plus grands du monde se trouve là à 10 mètres de toi, sans garde du corps, commun mortel, il est au moins aussi rouge que nous… d’avoir peut-être abusé du « pousse drapière »…
Je m’endors heureux ce soir et satisfait d’avoir dépassé les cinq cent kilomètres ce jour. Un tiers du Camino…
Autant avouer que la nuit fût très courte, que la marche vers La Roumieu n’a eu d’avantage que de faire 19km. Une petite sieste en milieu de matinée dans un champ a fait le plus grand bien. Une énorme sieste en après-midi sous la tente a remis l’organisme d’aplomb. La Romieu est encore un très beau village médiéval, très animé ce jour grâce à une énorme brocante. J’aurais voulu acheter deux tableaux, un ancien téléphone à manivelle, un vieux fer à repasser, une lampe à pétrole… Mais mon sac dans le dos m’a tout de suite rappelé en fait qu’il ne fallait pas trainer dans ce genre d’endroit…





















Effectivement tu as bien fait de ne pas faire tous ces achats (lourds et encombrants)
Avec toutes ces explications sur le Camino, si on ferme les yeux on imagine bien se retrouver à un croisement de routes et savoir ou aller …
Et déjà 20 jours … bravo !
500 km et toujours autant d’enthousiasme , peut-être même de plus en plus grâce à toutes ces belles rencontres et ces beaux paysages traversés . Et nous aussi de plus en plus impatients de lire tes aventures sur ce « grand chemin » …..
Et te voilà le soir de la fête nationale à partager une terrasse, boire des coups comme su tu n avais pas 500 kms dans mes jambes c est quoi le secret ? Le casino est donc très puissant.
Sur le chemin de St Jacques, tu as vu deux chevreuils, peut-être des renards ou des belettes…mais un « éléphant », ça a de quoi surprendre !!!
Comme quoi…
Continue ton chemin, tu nous régales tous les jours avec tes récits.