J53 : Ponferrada – Trabadelo – 34,61km – D+327m – D-289m – 7h24
J54 : Trabadelo – Cebreiro – Padornelo – 29,47 – D+1082m – D-313m – 6h45
Quel pied, quel pied, mais QUEL PIED ce col de Cebreiro…
J53 : prenons les choses dans l’ordre, quand même, on n’a pas été élevé dans une essoreuse à salade pardi!!! Quitter Ponferrada à six heures du mat’ c’est un peu comme si j’étais au spectacle! L’auberge ouvre les portes à six heures justement. Beaucoup de pèlerins sont prêts dès 5h45, je ne me moque pas, j’en fais partie. Alors petit café beurk du distributeur et j’observe… Soudain, une trentaine d’italiens se positionnent en cercle, récitent une prière, et chantent quelques chants religieux! C’est pas trop mal, ça ne te fouts pas les poils au garde à vous quand même mais c’est sympa. Mais surtout c’est très à l’opposé du comportement de nos voisins outre-alpins le reste de la journée! Tout le monde s’en plaint! Ils sont bruyants, parlent (hurlent) très fort à n’importe quelle heure du jour et de la nuit, allument les néons du dortoir s’ils ont perdu leur doudou pendant la nuit, marchent en meute avec leurs bâtons dès le petit matin en se criant les directions… Franchement, je suis un espagnol, je m’entraine au tir à la chevrotine!!!!
En quittant Ponferrada, je me dépêche d’ailleurs de doubler ce groupetto de petits chanteurs à la croix de bois pour filer attaquer mes quelques kilomètres quotidiens. Ah tiens, je ne t’avais pas dit que le trente kilomètres devenait ma distance de prédilection???
La sortie de ville est longue, faubourgs, quartiers résidentiels… mais au loin, les panoramas qui s’annoncent donnent envie de forcer le pas. Je rattrappe chemin faisant… une italienne!!! Elle ne s’est pas échappée du peloton, mais elle m’explique qu’elle préfère marcher seule. Nous nous sommes déjà croisés, assis presque en face l’un de l’autre lors d’un dîner pèlerin, c’était à Boadilla del Camino (7 août). Lors de ce dîner, à ma droite un italien méga stéréotypé italien, elle en face de lui, et après eux, une cohorte d’une vingtaine de stéréotypes d’italiens. A un moment ils se sont tous levés, ont raconté quelque chose… en italien, donc incompréhensible, crié quelque chose… bizarre…, on se serait presque cru dans un meeting un peu ultra-nationaliste… Bref… échanges de regard avec cette fille, elle a l’air un peu gênée… je l’aurais été pour moins! J’ai appris aujourd’hui qu’elle s’appelle Eléonora (son deuxième prénom est Michaella!), et je comprends sa gêne ce soir-là. Elle a l’âge de mes Emane, mes jumelles adorées. Et elle est encore plus paumée que l’ensemble des pèlerins du chemin réunis! A cet âge, c’est bien dommage… Elle aimerait travailler dans le cinéma, être actrice pourquoi pas, mais en tous les cas dans ce secteur. Elle n’aime pas ces stéréotypes sur les italiens et a priori elle n’aime pas ce groupe qu’elle rattrappe régulièrement. On prend un café croissant, on papotte, on se quitte, chacun reprend son rythme de marche. Moment curieux, elle qui reprend un peu pied en écoutant mon parcours de reconversion, elle se dit sans doute que tout est possible, et moi qui imagine une de mes filles en voyage pour se vider la tête et qui pourrait découvrir que tout n’est pas impossible en écoutant l’histoire d’un vieux con! Comme quoi, tout peut arriver!
C’est ragaillardi que je reprends mon chemin, je glâne une poire sur l’arbre qu’on appelle classiquement un poirier. J’aurais dû en cueillir trois kilos tant elle était bonne! Plus loin, ce sont des mûres que je déguste en m’arrachant les bras aux épines des ronces. Ça se mérite! Je traverse des vignes, quelques beaux villages, mais termine la journée le long d’une nationale qui elle-même longe une autoroute. Je prends le temps de prendre une photo d’un panneau routier qu’on ne voit pas chez nous : interdiction au Père-Noël d’emprunter un tunnel…???
J’arrive à l’étape un peu fané, il fait chaud, presque plus d’eau. La première auberge affiche complet, je prie (en pensant à mes confrères italiens!) pour que dans la prochaine il reste un lit, parce qu’il n’y a pas de suivante à moins d’une dizaine de kilomètres… et heureusement, j’ai un couchage en dortoir, nous sommes six, ça va le faire…
5h30, J54, frontale vissée sur le crane. Parfois je m’emmêle entre la frontale et la ficelle qui retient mes lunettes, alors je prends un flash dans la tronche à te faire regretter d’être presbyte (j’suis déjà casse-c…..!!!) et il faut un petit peu de temps avant de rependre mes esprits et la marche pour ne pas risquer d’aller au fossée.
Je lace mes chaussures depuis le début du chemin façon rando-trek… c’est-à-dire que je fais un nœud simple intermédiaire, au niveau du pli de la cheville, et ensuite je continue à monter le lacet sur les crochets au dessus de la cheville. Ça évite ainsi au pied de se balader dans la chaussure dans les montées et les descentes. Et je ne fais pas de nœud double parce qu’en cas d’accident, si les pompiers galèrent à retirer tes pompes, et bien ils coupent le lacet. Et au prix du mètre linéaire du lacet, ça me ferait bien ch… qu’ils découpent ce bout de ficelle…!!!
Je suis en forme ce matin et l’excitation monte au fur et à mesure que les (30) kilomètres qui s’annoncent devraient être magnifiques. Au début, ça ne l’était pas. M’en fouts, il fait nuit jusque 7 heures. Vers 8, enfin un troquet pour un café américano (pourquoi faire si simple pour commander un café allongé?). Et après… mais quel pied!!! je répète quel pied!!! A la fois pour le paysage, il n’y a qu’à voir les quelques photos, mais quel pied sportif avant tout! Un dénivelé de malade, plus de mille mètres de D+ en moins de vingt kilomètres. J’avais décidé de mettre le feu au bitume! Pas de chance, le chemin est fait du mélange de pierrailles et poussières. Mais les jambes poussent, je monte à un train de sénateurs en forme et décidés à faire avancer les choses. C’était vraiment une difficile partie de plaisir. J’ai monté le col du Cebreiro, chemin de Saint Jacques piétonnier. Lorsque la vuelta passe par là (la vuelta étant le tour de France en Espagne… donc le tour d’Espagne en cyclisme) ce col est classé orange à rouge, donc c’est du costaud! Et juste avant le petit joli bourg de Cebreiro, je rentre en Galice. Bye bye la Castilla y León!
La Galice est magnifique! Je suis en montagne, 1300m d’altitude, forcément les vues sont belles. J’ai commencé le chemin par la plus belle partie, du Puy-en-Velay à Conques, et je crois que je vais finir par sa petite soeur point de vue paysages. C’est tant mieux, parce qu’il y a de plus en plus de monde sur ce chemin. Je suis entré dans les derniers 200km que font les cyclistes pour obtenir leur diplôme, la fameuse Compostella, et bientôt les derniers 100km que font bon nombre d’Espagnols pour, eux aussi avoir leur petit bout de papier.
Ce soir, je suis à 152km de Santiago. Je prie le Dieu Héram et la déesse Lou Boutin pour que mes chaussures tiennent jusqu’au bout. J’ai les pneus lisses et je commence à taper dans la couche d’ammortissement… pas cool… mais je veux absolument aller jusqu’au bout avec elles. Elles en ont bavé, en ont pris de toutes les couleurs, pluie, poussières, boue, caillasse, dénivelés, soleil pour sécher, ma transpi de dingue. Mais elles n’ont jamais râlé, ne m’ont jamais fait défaut, ni trahi. Elles ont fait le job, et je les ramènerai à mes pieds en France!!!


































En te lisant on pourrait presque croire que tu viens de commencer ta marche ! Quel enthousiasme !!! C’est vrai que les paysages changent radicalement , quand ça grimpe les belles vues reviennent égayer ton chemin . Et en plus tu fais du bien autour de toi , ça doit être ça aussi l’esprit de Compostelle .
Quoi tu as les pneus lissent!!!fais attention en France c’est interdit de circuler comme cela je ne sais pas en Espagne ? Mais avec l’enthousiasme que tu as elles ne pourront que te ramener à la maison. On ne sépare pas une paire avant la fin du voyage .Merci encore pour ton récit je rigole toute seule quand je te lis cela fait du bien bonne journée .
Ps je passe un petit bonjour à ta maman
Super trekker, tu nous dois la vérité.
La fin est proche ( du parcours s’entend) et tu dois parler vrai.
Tu as marché seul pendant des jours, des semaines. Personne à qui parler.
Aucun doute, tu as réfléchi, beaucoup et plus encore. Ce faisant, tu as résolu c’est sûr, quelques unes des grandes énigmes de l’histoire. Alors dis nous :
Qui a volé l’orange du marchand ?
Pourquoi au nord y’avait les corons ?
Mr Seguin était-il raciste : Blanchette ?
Pourquoi il pleuvait sans cesse sur Brest ce jour là ? A Nantes aussi. ( 2 oeuvres pour un prénom)
Pourquoi il ne dormait pas le p’tit Quinquin ?
Tu sembles sous protection. Renseigne toi. Dis nous ce que tu sais.
La France attend ton retour avec impatience.
Connais pas le dieu Eram, ni la déesse Lou Boutin, mais je prie avec toi 😉🤣🤣🤣
C’est dingue de reconnaître un visage tant tu fais de rencontres !
Et les italiens aïe aïe aïe mais on peut pas leur enlever leur pâtes, leur pizza et le spritz hihi
On dirait que tu aimes de + en + l’Espagne car tes articles sur elle et sur ce que tu vis là bas deviennent de plus en plus long. On peut se projeter avec toi
Tes chaussures seront à garder précieusement dans la boîte à souvenirs ! Elles vont tenir je croise les doigts !
Wouha plus que 152km …