J55 : Padornelo – Vilei – 36,45km – D+577m – D-1373m – 7h45
Ma tête devient progressivement une calculatrice et ça m’ennuie profondément pour rester poli! Je ne suis plus qu’à 110km de Saint-Jacques-de-Compostelle. Et que faire…? Mathématiquement, comme le 36km est devenu ma distance favorite, je peux arriver mercredi. C’est bien connu, 3×36 ça fait à la louche 110… Première option. La seconde : répartir ces distances autrement et arriver jeudi prochain de bonne heure le matin, après une courte étape symbolique d’une dizaine de kilomètres. Cette option a ma préférence : il ne devrait pas encore y voir trop de pèlerins à l’arrivée, les accueils pas encore débordés, je pourrais visiter la ville et pleurer à loisir, pas parce que je serai arrivé, mais parce que ce sera déjà fini!!!.. La nuit portera conseil!
Il a plu la nuit dernière on dirait, puisqu’en sortant tôt ce matin, pas les poubelles mais ma petite personne, tout était détrempé! Démarrage donc dans une atmosphère un peu plus fraîche et dès les premiers rayons du soleil, c’est l’occasion de belles photos.
Malheureusement, après la gourde, c’est mon Opinel qui s’est fait la malle! Elle a profité d’un moment d’inattention pour s’enfuir finir sa vie en Espagne via un trou dans ma poche de pantalon! Peut-être sera-t-elle sauvée par un autre pèlerin? Un Coréen? Un Américain? Un Espagnol? Pas un Italien j’espère!!! Cette anecdote n’a pas pourri ma journée pour autant, ces choses là sont faites pour être perdues, retrouvées, reperdues, rachetées… C’est le cycle naturel de l’Opinel!
J’ai encore traversé des beaux paysages, me suis tapé un dénivelé en descente de bât… je les ai montés hier ces centaines de mètres, faut bien les redescendre un jour! J’ai découvert encore un donativo à l’ambiance années 70, hippie à fond. Un gars joue de la guitare, une fille l’accompagne à la flûte sur l’air du Scarborough Fair. Autant l’autre matin les italiens ne m’ont pas levé un poil, autant là, ils étaient tous au garde à vous, et j’aurais bien posé mes valises pour plusieurs jours… mais je n’ai pas de valise… Je discute avec Fabien, un beatnik germanique qui a fait Saint-Jacques, a continué jusque Fisterra, s’est tellement vite pris d’amour pour l’ambiance là-bas (feux sur la plage, musique, chants tous ensemble, et peut-être, mais je dis bien peut-être, fumette de cigarettes qui font rigoler?) qu’il y est resté six mois avant de repartir sur un autre chemin! Il n’a pas vu l’Allemagne depuis de nombreuses années, sans doute autant d’années qu’ont mis ses cheveux et sa barbe à pousser! Attention, ça pourrait donner des idées! Pas la pilosité, mais l’ambiance sur la plage… Allo, patron? J’ai un truc à t’annoncer, tu vas rigoler…
Je décide, l’Opinel en travers de la gorge, de repartir sur mon chemin. J’ai beaucoup aimé cette ambiance! Je me dirige vers Sarria, je traverse Sarria… C’est une chouette ville, il y a des terrasses le long du Rio Sarria (je traduis : la rivière Sarria, je deviens presque bilingue!) mais seul c’est moins marrant alors je continue.
A environ quatre kilomètres, je trouve une auberge avec un lit dispo. A Sarria tout était presque complet. Et logique : j’arrive dans les cent derniers km avant Santiago. Et on peut obtenir sa Compostella, « diplôme de pèlerin sur Saint-Jacques », si on a parcouru cette distance et qu’on peut prouver par deux tampons sur sa crédanciale son honnêteté. Qu’est-ce que je me suis fait bien ch… à faire 1500 bornes!!! Et donc ces pèlerins réservent tous leurs hébergements jusqu’à la fin. Forcément, ça laisse moins de dispo pour l’improviste que je suis! Mais la chance sourit parfois, et je découvre une auberge de toute beauté, moderne, avec piscine (mais squattée par les italiens…), terrasse, avec vue imprenable sur le Cebreiro! Je me tanke là pour cette nuit. Dans mon dortoir, une voisine Néérlandaise super sympa, comme le sont les hollandais, y’a qu’à voir Dave! On papotte, prenons le tea-time ensemble. La soirée sera courte parce que les organismes sont fatigués, mais elle sera sympa.
J’ai un peu comme l’impression que les jambes ont compris qu’il ne restait plus beaucoup à faire. Il y a comme une lassitude, une envie d’en finir, elles poussent, elles poussent toujours plus fort. Mais c’est encore la tête qui décide, et je peux te dire que la tête, elle, elle freine, elle freine…






























Encore une discussion animée entre ta tête et tes jambes . Quel duo !!! Il t’aura emmené bien loin , physiquement pour tes jambes et spirituellement pour ta tête . Toujours l’ « un » pour soutenir, encourager l’ « autre » , une équipe au top !
Super marcheur trekker, tu es en train de nous faire un « remake » façon 21éme siècle de Ma bohème d’A. Rimbaud.
Tes poches crevées, tes souliers blessés et cette Grande Ourse que tu dois contempler tous les soirs dans le ciel étoilé d’Espagne.
Sans oublier ta liberté et la poésie de tes écrits.
On adore ton chemin de St Jacques.
Tu vas revenir plus léger si tu perds toutes tes affaires ahah
Belles rencontres, beaux moments, beaux souvenirs
Hâte de lire le prochain article pour savoir si tu t’es décidé sur comment faire avec les km qui te séparent de Santiago