J17 : Lauzerte – Moissac – 29,17km – D+646m – D-595 – 7h07
J18 : Moissac – Bardigues – 29,07km – D+530m – D-457m – 7h05
Je suis en train de traverser une région dans laquelle les plus beaux villages de France ont décidé de s’installer! J’ai tout d’abord été séduit par Cajarc, son marché de fin d’après-midi qui rappelle l’ambiance des marchés nocturnes de vacances, son bar à vin qui t’accueille avec ses tonneaux sur la terrasse où tu t’installes pour passer un bon moment! Puis, Montcuq, plus renfermé sur lui-même ce village sent bon la balade dans ses ruelles étroites de caractère. Ce J17, traversée de Lauzerte dont la montée à pieds vers le coeur du village à 7h10 du matin te réveille plus violemment qu’un vrai expresso italien! Là encore, une bourgade qui annonce un été de festivals et expositions à plus savoir où donner de la tête! J18, je traverse Auvillar, du haut de ce promontoir, un office du tourisme avec une baie vitrée grande comme un terrain de football vertical offre une vue sur la Garonne et toute la compagne environnante à te couper le souffle et vertige garanti… Je veux bosser dans cet OT!!! Même simplement pour être le gardien de la vue! Magnifique!
Cependant, l’accès en marchant à chacun de ces villages se mérite. Ce n’est pas pour rien qu’on les appelle des villages perchés! Et entre ces bourgs aux allures médiévales, où tu t’attendrais presque à croiser un chevalier en armure en trouvant cela normal, et bien… c’est pas ouf. Les paysages sont à nouveaux ouverts, tu as un horizon avec vue mais pas de quoi faire waouh à chaque virage. Alors, ce chemin entre Lauzerte et Moissac vire à ce que j’ai déjà raconté lors d’une rando Haut de Francienne : arrivé aux deux tiers, tu claquerais bien ton sac, tes bâtons, ta gourde par terre et tu te coucherais sur le bas-côté en espérant qu’un preux chevalier t’embarque sur sa carriole pour aller plus vite à l’étape suivante! C’était journée ras le bol. Sais pas pourquoi! En route je rattrappe Anthony et Claire, même constat. Je fais ma pause déjeuner, eux prennent le large, Oti, ami pèlerin allemand rencontré au gîte de Cahors me rattrappe à son tour. Et finissons la journée ensemble jusque Moissac. Heureusement que retrouver ces trois personnes et papoter avec Oti en anglais a sauvé ma journée. D’ailleurs, nous arrivons à l’accueil pèlerins de Moissac : les deux hospitaliers nous accueillent tout sourire, nous sommes les trois et quatrième pèlerins de la journée! Seulement! Ils nous offrent eau citronnée bien fraîche, petits gâteaux, conseils… Brigitte a la patate, elle me dit qu’elle n’a jamais vu un pèlerin comme moi arrivant tout guilleret, souriant malgré les presque 30km dans les mollets! D’habitude, les gens arrivent décomposés, crevés, sur les rotules. Et moi, heureux de trouver cet accueil et ces personnes toujours aussi dévouées à l’accueil de pèlerins, et bien je m’en fais une fête et une joie immense. Brigitte nous dit d’ailleurs que nous sommes leur rayon de soleil de la journée, j’en suis flaté. Je vois à son air que Oti n’a pas pipé mot de la conversation, mais il sourit, alors ça passe! Didier, l’autre hospitalier (il vient de Gérardmer!) me renseigne sur les lieux d’hébergements et s’informe de la météo. Sur ses conseils avisés, je file m’installer dans l’ancien carmel de Moissac reconverti en hébergement pour pèlerins entre autres. Endroit magnifique, calme, on s’y sent de suite à l’aise et comme dans un cocon. J’ai une chambre seul, et au total il ne doit y avoir qu’une douzaine de pèlerins ce soir. La journée la plus calme de ces dernières semaines pour les hospitaliers.
Rapidement, le rituel : installation, douche, sieste de vingt minutes et je file en ville. Le coeur de ville est beau, l’Abbaye Saint Pierre est magnifique. Je me laisse embarquer par le chant des sœurs lors de la messe de 18 heures, envoûtant. Le cœur est baigné dans une lumière exceptionnelle filtée par les vitraux grandioses! On sent que le clergé a les moyens par ici! Et clou du spectacle, je retrouve, comme c’était prévu, mes amis pèlerins en terrasse : Anthony et Claire (c’est son anniversaire aujourd’hui), les hospitaliers Brigitte et Didier et une dame inconnue au bataillon, Anne-Marie, très ferrue d’histoire locale, elle nous raconte tout sur Moissac, d’hier et d’aujourd’hui. Soit disant, elle aurait pu être candidate à la mairie de Moissac, mais personne n’a su pourquoi elle ne l’a pas été… Mystère de la politique! La soirée se passe dans une très bonne ambiance, bavardages, bières, tournées générales… Heureusement que l’accès au carmel est en montée rude, ça dépense les calories! Anthony et Claire m’invitent au Portugal, excellente adresse vues les photos! Les hospitaliers sont heureux et tristes de nous voir repartir. Anne-Marie nous raconte que les moissagais (mais aussi la plupart des locaux) considèrent avec la plus haute estime les pèlerins. Parce qu’on leur apporte un peu d’espoir, on leur montre par notre engagement que tout est possible et on leur apporte ce signal d’optimisme. Et c’est vrai que ceux que l’on croise en voiture nous tutoient du rétroviseur mais en plus, quasi sytématiquement, on a droit à un signe et des sourires. Nous, on ne s’en rend pas compte, mais cela fait bien plaisir à entendre de la bouche de ex-madame-la-presque-mairesse!
Nuit très agréable au carmel, le petit déjeuner est prêt pour sept heures. Nous ne sommes que cinq à table, et comme d’habitude, cinq moulins à paroles qui font que l’on traine un peu et, de fait, retarde le départ. Mais après tout, c’est quoi l’urgence?!!!
Autant hier c’était ras le pompon, autant aujourd’hui ça sent la niaque et l’envie d’en découdre avec les sentiers. Il pleuvine, je mets la bâche orange de sac mais reste en panta-court et t-shirt, de toute façon être détrempé à l’intérieur de la veste anti-pluie ou à cause de la pluie, c’est du pareil au même. En sortie de Moissac, deux équipes pro cyclistes du Tour de France sont hébergées dans un très bel établissement! Mais aux terrasses voisines, ce ne sont pas eux les vedettes, c’est ce gars avec sa maison orange sur le dos qui marche à bonne allure! On plaisante avec ces piliers de bistrots, certains, j’en suis sûr, sont déjà à leur troisième bières, moi je termine presque mon premier litre de flotte! Et de la flotte, en voilà : Moissac est située sur le Tarn, et en me dirigeant vers Auvillar, du haut d’un point de vue sur la région, je me retrouve à contempler la confluence du Tarn et de la Garonne! Magique! Je te fais grâce des grimpettes à escalader pour avoir cette vue, d’habitude un pas fait entre 60 et 70 centimètres, là par moment je posais un talon juste devant les orteils de l’autre pied! Allure vingt centimètres par vingt centimètres… oui, je sais, j’ai des petits pieds!!! Mais quel panorama! En quittant ce point de vue, je me trouve dans le village de Boudou, vais visiter l’église et fais la rencontre de Danielle, elle accueille les pèlerins avec café et madeleines. Il pleut encore, je reste à bavarder avec elle plus de trois quarts d’heure. Danielle a plus de 80 ans, elle me fait visiter toute l’église qui vient d’être totalement rénovée et finie il y a à peine un mois. Elle en est fière. J’ai droit à toute l’histoire, celle de l’église consacrée à St Pierre et Sainte Catherine, Sainte Patronne des bateliers sur la Garonne, puis à un peu d’histoire locale, et enfin à son histoire. Mais il me faut repartir, j’aurais été son éclaircie du matin, son seul pèlerin sans doute. Je la quitte heureuse et, on dirait, presque triste aussi de ce trop court moment. Je lui souhaite beaucoup de joie et bonheurs puisqu’elle m’a appris qu’elle a rencontré son compagnon actuel il y a trois ans, après un veuvage de plus de vingt ans. Ses yeux brillent en parlant de lui, cela fait plaisir à voir dans ses yeux d’un bleu… waouh!
C’est surtout cela le chemin je crois. Ces rencontres inoubliables, je l’espère. Parce qu’après en avoir bien ch… à grimper des collines, les avoir redescendues en risquant de se casser la gamelle sur les cailloux rendus glissant par la pluie, à regrimper, à sentir tes mollets te menacer que si t’arrêtes pas tes conneries, et ben il va y avoir préavis de grève, et bien en fin de journée ce n’est pas à cela que tu penses mais aux gens que tu as croisés, que tu ne reverras plus, et sans doute sous ce prétexte, te racontent des choses qui t’ouvrent d’autres yeux sur d’autres perspectives de la vie.
En quittant Auvillar, je n’ai pas décroché le job de gardien de la vue à l’office du tourisme, j’ai continué à marcher jusque Bardigues. J’entre en Lomagne, premières terres du pays Gascon. J’y ai rencontré en Mairie une élue qui me donne l’autorisation de bivouaquer en « sauvage » (je n’aime pas ce terme, moi je bivouque en liberté…). J’attends la soirée pour planter la tente. Théoriquement la pratique du bivouac dit que tu montes la tente au coucher du soleil, et tu tombes la tente au levé de l’astre de lumière! Je n’aurai pas la patience, en plus il y a du vent, je sens la bagarre avec Eole, va y avoir du sport et on va bien rigoler. En tous les cas, je suis bien installé, en forme, en paix et bien dans mes sandales!
Je sais que je ne verrai plus Anthony et Claire, fin du chemin pour eux… sauf peut-être au Portugal! J’ai perdu Oti de vue, nous nous reverrons j’en suis sûr.
Depuis mon lieu de villégiature je viens de voir deux chevreuils sauvages gambader en toute liberté dans le champ voisin. Sauvage et libre, ça me va bien.





























Prem’s à lire !
Mon rituel le soir après le biberon d’Achille : un petit tour sur gentletrekker pour voir si il y a du nouveau
Hier c’était nuit dans l’église, ce soir c’est chambre pour toi
Profite bien !
Merci pour ces beaux partages à chaque fois, profite bien
Gros bisous
Bonsoir Michel
Oui les villages que tu traverses sont tous magnifiques et sont bien des destinations de vacances.
Sauf pour toi, ils ne sont que des étapes.
Et toutes ces rencontres doivent être très enrichissantes et émouvantes.
Profites bien de tes journées même si la fatigue est là.
Bizz
Christian
Une pensée pour Danielle 😍. Comment sera-t-on,nous, à 80 ans ?
C’est amusant ces rencontres des mêmes pélerins au fil de ton chemin , chacun son allure mais retrouvailles de temps en temps , je suppose que cela engendre des échanges sympa sur le ressenti de chacun sur sa route .