J24 – Lélin Lapujolle – Miramont Sensacq – 32,80km – D+245m – D-187m – 7h31
J25 – Miramont Sensacq – Lareulle – 32,25km – D+498m – D-488m – 7h44
Ne va pas croire que le 30km est devenu ma distance de référence de prédilection. Mais tant que ça turbine bien au dernier étage de la fusée et que le groupe moto-propulseur suit… plus des impératifs d’organisation (trouver où dormir et de quoi se restaurer)… et ben j’en profite et j’avance.
Je repars un peu tard de Lélin ce matin J24 à cause de bavardages, et doucement je quitte le Gers, la région Occitanie et ses interminables champs de maïs. Dernière ville : Barcelonne du Gers, l’Espagne n’est pas loin! Et entrée dans les Landes (pour 27km) et la Région Nouvelle Aquitaine par Aire-sur-l’Adour. Je ne m’y attarde pas, en profite pour prévoir mes repas et file vers la fin d’étape… à travers d’interminables champs de maïs. J’arrive à Miramont, comment dire… comme un marcheur sous 33° au soleil, pas d’ombre depuis très longtemps, et heureux de trouver un point d’eau au cimetière à l’entrée du village. Le cimetière est devenu le point névralgique incontournable du pèlerin! C’est l’oasis salvatrice!
C’est pas que mon agréable compagnie commençait à peser puisque je m’entends plutôt bien avec moi-même mais le bivouac « sauvage » prévu me tentait moins que l’accueil pèlerins à Miramont. Et cette douce tentation fût un grand moment du chemin! Accueilli chaleureusement par Catherine et Martine hospitalières en ce moment dans cet accueil, après le montage de la tente, la douche, le petit goûter, la siestoune, la soirée commence par un apéro avec les cinq autres pèlerins dont Reinart, marcheur allemand, qui ne crache pas sur la bibine et plus il en boit plus son anglais est fluide et compréhensible! On se marre vraiment bien et on papote tard! La nuit est calme, quelques gouttes de pluie sur la toile de tente me font lever tôt, histoire de replier rapidement pour ne pas porter d’eau du ciel, et à 6h10 me voilà en chemin.
Comparé à la difficile fin d’étape d’hier, ce matin c’est l’envie de repartir qui domine.
Je quitte bien vite les Landes, non pas que ce soit un petit département (je l’aurais traversé en moins d’un jour!!!) mais je coupe la pointe sud ouest du département pour entrer dans les Pyrénées Atlantiques et la Région Béarn. Ce sera le dernier département français que je traverserai avant d’arriver en Espagne, et c’est le département le plus éloigné des Hauts-de-France! Et je suis sous le charme du Béarn! De suite le paysage change, vallonné, vert, offrant à nouveau des paysages waouh aux détours d’un virage ou à la sortie d’une forêt. Je ressens des odeurs qui me font penser à la colle Cléopatre… curieux! Et le gens sont à nouveaux souriants, chaleureux, accueillants… même s’ils continuent à vouloir checker du rétroviseur !
Et puis, traverser les forêts du Bearn à 7h du mat n’a rien à envier aux déambulations mystèrieuses dans la forêt de Broceliande. Sauf que là ce ne sont pas des elfes qui rentrent de leur soirée que tu risques de rencontrer mais plutôt une horde de sangliers complètement défoncés d’avoir saccagé un champ de maïs. Alors c’est armé de mes bâtons de marche tellement solidement arrimés à mon sac qu’il me faut 18 minutes 45 pour les en décrocher que je m’engouffre dans cette mer d’arbres à l’hospitalité déferlante de bienveillance.
Ce n’est pas coutume, mais ce matin j’écoute de la musique. Et à 9h28 se lançait le « Happy birthday in the sky » de Placebo. C’est curieux le hasard c’est aujourd’hui le jour anniversaire de mon père… Juste après, un grand chanteur malade slame dans mes oreilles, il paraît que les voyages en train se finissent mal en général… mais avant d’écouter ses conseils et penser à prendre le bus la prochaine fois, je décide de marcher, marcher, marcher et encore marcher…
Jusque Fichous-Riumayou. Cet après-midi il fait une pointe à 35°. Je trouve dans ce village une église avec une avancée bien ombragée, un point d’eau (si tu as bien suivi, juste à côté dans le cimetière!) et me voilà installé, j’y fais une courte sieste. Et là, vas savoir pourquoi, je renfile les chaussettes et chaussures, j’ai l’impression que ce n’est pas là ma place pour cette nuit… Je marche deux kilomètres et demi et tombe sur une ancienne abbaye, à Lareulle… La porte est ouverte, à l’intérieur quatre vieilles dames sont venues fleurir l’église et boire le café au frais… mais quelle splendeur… je suis incapable de décrire, les photos parleront mieux que mon écriture.
Ce soir, elles me proposent de dormir là-haut sur l’estrade, elles me confient l’abbaye. Mais où ailleurs un truc comme ça pourrait arriver???
Les hospitaliers disent qu’il faut rester en éveil sur le chemin. Et que des moments de grâce comme ce soir se produisent à celui qui veut bien les recevoir. Alors j’écoute, je ressens, je reste en éveil même sous le cagnard que je supporte étrangement bien, et je laisse mes pas me conduire vers ces endroits magiques. Tout doucement je commence à dessiner les contours de ce qui m’est essentiel. Ça va prendre du temps, mais la route est encore longue, et quand je vois sur une carte la distance parcourue je commence à me rendre compte, seulement maintenant, que je suis en train de réaliser quelque chose hors du commun.




















































Quelles journées bien remplies. En kilomètres et en émotions.
Les paysages sont magnifiques.
Bon courage sous cette chaleur.
Bonjour
Que de chemin parcouru .merci pour tes commentaires sur ton périple et les photos c’est un plaisir de te lire,merci de nous faire voyager avec toi .Bonne marche
Christine
Voilà encore de superbes lieux atypiques , tu vas pouvoir faire un guide des endroits pas comme les autres oû dormir tranquille ….. Longues étapes , heureusement sans trop de dinivelé , et courage pour affronter la chaleur , vive les arrêts désaltérants des cimetières !
« Je commence à dessiner les contours de ce qui m’est essentiel », dis tu.
Tu viens de découvrir l’esprit de St Jacques.
» Nul ne s’est jamais perdu dans le droit chemin. » Goethe
Après le pousse -rapière, un petit toast au foie gras avec 2 doigts de Floc de Gascogne ??
Avant d’affronter le Béarn…et la suite du chemin.
Celui que j’étais m’amène à ce que je suis en train de devenir
Ça résume bien l’exploit que tu fais pour toi avec ce joli Camino
Pas vu le chevreuil mais là ai bien vu le mouton (pas fort au cache cache celui ci)
J’espère que tu recevras / auras d’autres moments de grâces comme celui ci, merci à ces petites dames
Ça y est, j’ai rattrapé mon retard 👍.
Tu vas finir par t’habituer à dormir ds des églises ⛪️ 😇.
Bonne suite de pèlerinage
Je ne fais pas souvent de commentaires mais là c’est vrai que cette abbaye est très belle et vaut le détour !
C’est fou de pouvoir dormir dans de tels endroits.
Les gens sont tous adorables avec toi et bienveillant !
Bonne marche