J11 : Livinhac-le-Haut – Figeac – 32,35km – 7h45 – D+725m – D-575m
J12 : Figeac (La Cassagnole) – Cajarc – 28,70km – 6H41 – D+523m – D-644m
Ou : j’espère que tu as le temps de me lire, ça risque d’être long et comment débuter dans les étapes marathon!
32 kilomètres, c’est le pied quand tu arrives à l’étape. Avant, c’est « il est où le bonheur, il est où »!!! Départ du camping de Livinhac à 7h30, dans la brume, la lessive de la veille avait pourtant bien commencé à sècher mais la rosée, plus matinale que moi, s’est chargée de remettre une dose d’aqua dans mes fringues. Verdict : chaussettes détrempées dans des chaussures détemprées, et ben tu ne sens même pas que tes chaussettes sont mouillées!!! Tout guilleret je reprends mon chemin là où il s’est détourné hier pour aller chercher ce camping (pourquoi les campings sont toujours aussi excentrés et à des bornes du centre village où passe le GR?) et chantonnant dans ma tête « Sun is shinning » de Bob Marley, je ne vois pas la première intersection et me plante de route. Je m’en aperçois rapidement, au bout de 800 mètres (1600 aller retour si tu comptes bien!) et je me rends compte que je devais vraiment naviguer entre Bob et les nuages parce que les panneaux sont inrattables… Brume et léger crachin m’accompagnent jusque vers 10 heures. Après? Je commence à connaître le soleil du sud! Il tape, cogne, et te réchauffe les habits accrochés comme tu peux au sac pour qu’ils sèchent. Et ça marche! Le chemin est très pratiquable, des montées longues mais douces, le panorama s’ouvre, le matin une dame promenant son chien en profite pour taper la discute et me dit que de là où l’on est, d’habitude, on voit les monts d’Auvergne. Je l’ai crue… le chemin apprend à faire confiance, mais j’étais dubitatif. Grand mal m’en a fait puisqu’effectivement plus tard j’ai bien vu les hauteurs auvergnates à l’horizon. Puis un joli lac, des chemins bordés d’arbres qui ombragent ma lessive et tout doucement j’arrive à Figeac. Ville connue en tant que touriste, je ne passe qu’à l’office du tourisme pour connaître l’emplacement du camping. Zut, je l’avais râté il y a deux kilomètres! (pourquoi cette excentration des campings!!! ou restes de Bob?). Avec la charmantes hôtesse de l’OT, je choisis une halte en donativo à 4 kilomètres de là. Depuis Livinhac, pas un ravitaillement, pas une boulangerie, rien, nada. Donc, vers 14h30, sous 29° je me dirige vers une boulangerie, sandwich au jambon de pays, petit plaisir en dessert avec un palmier… Et zou direction le gîte. La chamante hôtesse m’avait dit, tu verras, ça monte un peu… D’sa mère! ça monte façon Everest avec le caillou qui roule sous le soulier! Tant bien que bien, j’arrive au Relais St Jacques, comment dire… cassé, démoli, les chevilles ont la migraine, les genoux doivent frotter cartilage contre cartilage, heureusement ça ne grince pas, ça ne fume pas et ça ne sent pas le cramé. Mais franchement, ça aurait pu! Et puis, là, à 4 kilomètres de Figeac centre, je tombe sur le gîte… niché au fond d’un petit chemin, on sait qu’il est là grâce au panneau qui l’annonce, à la table plantée à l’entrée proposant eau fraîche, café, madeleine pour qui veut, en a besoin. J’y suis! Accueilli par Olivier et Marie d’une façon qui te fait oublier la dernière ascension du Kilimanjaro. Je ne sais pas ce qui m’est arrivé là, mais la migraine des chevilles disparaît, mes genoux me disent qu’on a bien fait d’aller jusque là… Je comprends globalement la notion de havre de paix. Mais là je tombe dans un environnement de coton, tout de suite je m’y sens bien. Trois hospitaliers bénévoles sont présents pour aider Olivier et Marie. Une jeune fille d’origine polonaise, et un couple, elle polonaise également et lui italien. Je me retrouve au coeur de l’Europe et naturellement tous parlons en anglais sans aucune difficulté. La fin d’après midi se passe tranquillement, presque mécaniquement : douche, lessive, choix du lit dans le dortoir où je serai le seul pèlerin ce soir, quel couche vais-je choisir entre les huit qui me tendent leurs matelas confortables?
Marie m’appelle pour le repas pris tous ensemble à 19 heures. C’est Vincenzo qui prépare un plat de pâtes made in Italy! Une tuerie. En entrée soupe froide aux petit-pois, en dessert glace, coulis fruits rouge, chantilly. Verveine et… au lit???
Et bien non! Les hospitaliers ont cela de remarquable qu’ils savent engager la discussion et poser les questions qui parfois tapent juste et t’allument les lampes au dernier étage de la fusée. Je reste seul avec Olivier. Et je sais aussi faire parler les hospitaliers! Premier, je raconte mon histoire. Il a droit à tous les détails. Peut-être même de ces détails que toi tu n’as pas idée, ni entendus de ma bouche, ou ne devines même pas. Et deuxième, il se livre. Comme la première soirée, au Puy-en-Velay, cet hospitalier, Jean-Michel qui me livre au kilomètre toute sa vie et ce qui l’a amené à prendre le chemin. Et là, mon Olivier me raconte tout… et ça, ça restera dans mon cahier bleu… Mais en résumé, ces deux personnes me racontent leurs histoires, avec des similitudes frappantes, et tous deux avec les yeux qui s’embrument, Olivier qui m’avoue avoir pleuré souvent les premiers jours sur son chemin. Tient tient… Jean-Michel aussi. Alors que ce devrait être le pèlerin qui s’épanche et recherche une oreillle attentive, là c’est l’inverse qui se produit. Et moi, je m’abreuve de leurs expériences, j’écoute, j’enregistre dans ma petite tête, je bois leurs propos, je prends cette énergie qu’ils m’envoient. Je te dis, j’ai passé ce soir-là un truc de dingo! Et je me suis endormi calmement, paisiblement. Je me suis réveillé… différent.
Petit déjeuner en anglais avec le couple, Vincenzo et Agnès : on parle, de tout. Ils me racontent aussi leurs vies. Ils se sont rencontrés par hasard sur un chemin, elle venait de Pologne, lui d’Italie (on dirait du Michel Fugain). Et ne se sont presque plus quittés. Avant de décider si leur rencontre amicale pouvait aboutir à une union amoureuse, ils sont partis sur le chemin de Compostelle. Comme « ça l’a fait » plusieurs mois après, ils sont revenus dans la cathédrale Saint Jacques de Santiago pour se marier! Eux ausi m’ont parlé librement, m’ont écouté avec bienveillance, nous avons échangé beaucoup de sourires, dans les yeux bien d’autres messages sont passés… c’est pour le cahier bleu…
Je suis arrivé dans ce gîte comme un manant, un simple pèlerin. J’ai été accueilli comme un prince. J’en repars comme un roi…
Ce matin, avant que je ne reparte de ce lieu magique à la vue sur un panorama de cinglé, avec cette nuit, sans pollution visuelle, un ciel qui, outrageusement, te montre une voie lactée comme jamais vue, nous nous sommes tous pris dans les bras joyeusement. On a tous fait notre bonhomme, very happy to meet you, enjoy your camino, have a nice trip… Je me suis mis en marche, sans aucune douleur, ni aux chevilles, ni aux genoux. J’étais heureux. Petit crachin, mais rien à faire. Google Photo m’envoie une notification, rappel d’un souvenir… de 14 ans, nous étions en vacances en Dordogne et la photo que ce salopard de google m’affiche en pleine face : mes filles en gros plan, toutes souriantes… J’ai fait mon bonhomme, mais je ne sais plus si c’est la bruine qui a semé mille gouttelettes sur mes verres de lunettes ou si ce sont mes yeux qui se sont embrumés… ma vue s’est brouillée, mais à ce moment j’ai tout compris ce qu’Olivier m’a raconté hier soir, les yeux dans les yeux…
Alors, que dire de la journée qui m’a conduit à Cajarc? Magnifique. Je traverse le Lot, les paysages sont toujours aussi beaux. Mais j’avais la tête à l’introspection, j’ai marché comme si je n’avais pas les presque trois cent bornes dans les mollets.
Ce soir, j’ai fait mon touriste. Visite de Cajarc, rendue mondialement connue grâce au jeu télévisé Interville! Pour la première fois depuis mon départ, j’ai mis les écouteurs sur les oreilles, Daft Punk à fond, Random Access Memories, l’album qui a sauvé ma vie ces derniers mois. Et écouter Daft Punk dans l’église de Cajarc, c’est une expérience à vivre!
J’avance sur mon chemin. Demain, je dépasse les trois cent kilomètres… tu le crois ça?
Ce soir c’est pâtes jambon gruyère sous la tente, ma lessive vient d’être rincée par une pluie d’orage… et alors!



































Daft Punk dans l’église, très très marrant à voir !
Félicitations pour les 300 km, hâte de lire les prochains !
Bonjour Michel
C’est avec un réel plaisir que je lis tes commentaires de voyage .tu devrais pensez à éditer un journal de voyage à la fin .Bon quand tu lira ces quelques lignes les 300 km seront largement dépassés.Continue ton petit bonhomme de chemin.
Bonne route
Christine
Quels émotions ! Te voilà au coeur d’une expérience humaine unique . Remplis ta besace de toutes ces belles rencontres .
Bah dis donc tu vas nous mettre la larme à l’oeil !! Profite bien de ces marches et de ces rencontres 🥰
Bonne suite de chemin 💪🏻
Parfois cela nous arrange de dire qu’il y a un vent frais qui fait couler la larme à l’oeil, de dire que ce sont les hospitaliers qui, se souvenant de leur histoire et de leur chemin, ont les yeux qui s’embrument, pour ne pas dire qu’à soi-même il arrive des moments d’intenses émotions…
Ça chemine, ça chemine… Bravo pour ces 300km ! 🤗
Merci de tout coeur! Encore quelques uns et je serai encore plus heureux!
Wow, quelle aventure !
Allez, courage ! À ce rythme, tu vas arriver à Compostelle avec des mollets en acier et une âme pleine de belles histoires.
Continue de chanter du Bob Marley, même si le chemin te joue des tours😂. (Tu peux aussi chanter Elton John pour penser à nous )
Bon courage pour la suite !!
Bisous Epsy !
Merci pour tes encouragements Epsy, ça me fait plaisir et ça me touche, j’y joins Paul et Louise! Quant à Elton… Je n’y ai jamais pensé, ne l’ai jamais fredonné sur mon chemin, mais qui sait, laissons Bob d’abord faire briller le soleil!
Ps : Felicitations pour les 300km !!!🥳🥳
Re ps : c’est toujours moi oups🫶🏻
MERCIIIIII !!!!!