J4 – J5 : l’approche de l’Aubrac
J4 : La Chapelle Saint Roch – Aumont Aubrac 25,6km – 6h01 – D+440m – D-596m
J5 : Aumont Aubrac – Nasbinals – 26,39km – 5h45 – D+389m – D-366m
Réveillé par les moineaux à 5h30 du matin, l’inconvénient du bivouac sauvage c’est que la boulangère ne vient livrer les croissants à ta porte. De fait, pliage de tente, toujours ce petit café soluble rapide, et zou sur la route. Première boulangerie à St Alban-sur-Limagnole, à 10km. Café et croissants sur une petite terrasse rien que pour moi.
Sans compraison avec la veille, cette journée de marche traverse d’aussi beaux paysages, chemins très praticables malgré quelques passages avec du caillou qui roule sous la chaussure, un dénivelé de gamin sans commune compraison avec la remontée de Monistrol d’Allier! Je croise un taureau a priori écahappé de sa pâture, puisqu’il arrive que l’on doive traverser des enclos d’élévage bovins mais il faut d’abord ouvrir le grillage ou traverser une espèce d’enjambeur, mais là totor se balade tranquille. Entre taureaux nous nous comprenons et nous observons du coin de l’oeil, le sien est franchement pas réconfortant, mais nous nous quittons bons amis. En chemin, je rattrappe Lucia, une allemande qui profite de ses congés pour marcher, nous partageons le pique nique du midi et nous séparons la reprise. L’arrivée à Aumont Aubrac est tranquille et agréable, je retrouve deux fervents admirateurs accompagnés de leur adorable chienne, nous passons un long moment en terrasse : il fait cet après-midi 30° et la boisson fraîche est vraiment bienvenue. Encore un moment grand souvenir de mon chemin.
Enfin, remontée vers le camping municipal situé à 2,5km du centre de la bourgade. Mais pourquoi diantre nous mettent-ils les campings si loin???!!!!
Au réveil, j’en suis au J5. Je trouve un stratagème pour ne pas refaire les 2,5km vers la ville pour récupérer le GR65 : je dois cependant longer l’A75 durant un petit kilomètre, autoroute du soleil qui emporte les premiers estivants vers la Méditerranée, voitures chargées, et tu vois la tête du gamin endormi qui cogne sur la vitre arrière de l’auto! Ah les départs en vacances!
Bon, ce chemin B me prive tout de même du sourire de la boulangère (personne ne sourit ici, on dirait que les autochtones sont blasés, ils voient tellement de pèlerins que s’ils disent bonjour à l’un c’est comme s’ils avaient dit bonjour à tous…) et prend mon petit déj dans un bel endroit, « Les quatre chemins », café, brioche et papotage avec le tenancier. A nouveau j’étais à 10,5km du point de départ.
Et puis, j’entre sur les terres de l’Aubrac!
Tout le monde a une petite idée de l’Aubrac. Après le Larzac c’est là où il faut aller pour se couper de tout! Et c’est l’Aubrac qui t’accueille, ce n’est pas toi qui pénètre sur son terrain. D’ailleurs, à la sortie d’un petit bois de résineux, j’ai quitté La Margeride, et… de la gauche (du sud ouest), un vent… fort… annoncé 35km/h et 70 en rafales. Les prévisionnistes auraient annoncés 70 en continu et 135 en rafales, je les aurais cru!
LE PAYSAGE que j’attendais! L’avoir vu en touriste et parcouru en voiture m’avait déjà fichu la chair de poule, là y être debout, face aux éléments, en solo, c’est autre histoire! Et c’est comme ça que je voulais faire mon Aubrac. C’était mon premier objectif! J’y tenais à cette météo capricieuse, ces terres à l’herbe rase, quelques massifs d’arbres résistent, les troupeaux de vaches menées par le taureau reconnaissable de loin par sa couleur plus foncée et surtout la taille de l’animal qui force le respect. Tu vas pas lui chatouiller les naseaux en faisant guili-guili, au premier guili il t’a déjà foutu un coup de corne à tenvoyer sur la lune comme pour rire! L’Aubrac, c’est l’alignement de pierres montées en murets pour délimiter les parcelles. Là-bas, la densité de population frole le zéro habitant au kilomètre carré. Tout y est rustique, sauvage, authentique, rude. Mais j’y étais, j’ai commencé la traversée et je m’y suis senti bien. Je ne sais pas qui de l’Aubrac ou moi a le plus subi notre rencontre. En tous les cas, je peux te dire que ce n’est pas moi qui en ai le plus chié. Il n’a pas réussi à me faire plier. Ne jamais renoncer, ne pas se retourner, ne pas abandonner. Ah ça non! C’était un moment très fort et riche, une confrontation entre mon moi physique, mon moi intérieur et les éléments qui donnent à réfléchir et qui imposent l’humilité comme philosophie.
Je suis super heureux de ce début de chemin.
Bon, 120km ce n’est jamais que la distance qui sépare Lille de Boulogne sur mer, mais ce trajet-là, je n’aurais jamais eu l’idée de le faire à pieds!!!
Ce soir, c’est réfugié dans un gîte de pèlerins à Nasbinals à cause de l’orage (je te dis, l’Aubrac sait accueillir!) que je vais préparer la suite du parcours, il doit me rester une trentaine de kilomètres en Aubrac. Le deuxième objectif : arriver à Conques dans 5 jours.
Franchement, je faisais mon bonhomme en disant que je partais sur Compostelle, mais sincèrement au fond de moi je n’en ramenais pas large. Aujourd’hui, je me rends compte que c’était impossible, alors je le fais. Que peu de pèlerins font la totalité du pèlerinage (j’en ai rencontré trois), que certains commencent à me connaître alors que je ne les ai jamais rencontrés, les nouvelles vont vite sur le chemin. Et je me dis qu’effectivement, c’est un petit peu couillu…
Si le physique tient, je peux aller très loin…


































» Et puis, il y a ceux que l’on croise, que l’on connait à peine, qui vous disent un mot, une phrase, vous accordent une minute, une demi-heure et changent le cours de votre vie » Victor Hugo
C’est peut-être un peu ça aussi le chemin de St Jacques de Compostelle ?
C’est tellement bien dit et bien sûr, c’est aussi ça le chemin… comme il y a ceux que l’on croise, que l’on connaît, qui accordent du temps et sans jugement posent des questions autour d’une bonne bière fraiche… et ça change la vie!