J8 : Espalion – Golinhac – 29,52km – 6h48 – D+881m – D-540m
J9 : Golinhac – Conques – 22,79km – 5h26 – D+430m – D-761m
Départ de Espalion ce 2 juillet 2024. Tu te rends compte, on est déjà en juillet, je ne l’ai même pas vu arriver ce mois! Il est 7h15, motivé le gars. Bien vite je longe le Lot, tantôt calme tantôt agité en petit rapide causé par un rétrécissement, cela augure une belle journée. Souvent en sous bois, le panorama n’offre pas les méandres du Lot que l’on peut voir sur les cartes postales ou la vue d’un ULM, expérience vécue il y a trois ans, magnifique! Je me console en arrivant dans un bourg à la Chapelle Romane cachée en font d’une petite vallée. Le village, malgré son nom compliqué, restera gravé dans mon esprit longtemps : Bessuéjouls. Pourquoi? D’abord parce que le café du village est fermé… zut… et ensuite parce qu’en sortant de Bessuéjouls je suis au pied d’une montée infernale, interminable, terrible pour les jambes. Jamais vécu ça de ma vie de marcheur! J’apprends un peu plus tard que cette montée à été sécurisée suite à des nombreux accidents et glissements de terrain! Arrivé tout en haut, je suis coupé par le vent froid, il fait un petit 13°. Content de cette ascension sans dégat, je file alors heureux vers Estaing! Traversées de bois, j’arrive sur des plaines de cultures et élevages, traverse de belles bourgades (Trédoux, qui porte bien son nom, Verrières, simplement magnifique), me prends encore du dénivelé montant et arrive sur les contrées de notre ex chef d’état Giscard! Estaing est sans conteste, mais ce n’est que mon avis, le plus beau village depuis le départ du Puy. Niché dans une anse du Lot, son château domine effrontément le panorama et en impose par sa beauté. Les ruelles sont dans leur jus, pavées, étroites, et la vie y semble agréable, douce heureuse. J’en profite pour saluer la maman d’un ami cher, nous buvons un verre d’eau, papotons et je repars assez rapidement : plus la pause est longue, plus la reprise est compliquée.
Je ne comprends pas, encore une fois, un concept bien personnel du « ça monte un petit peu »… La mère de mon pote m’a efffectivement dit que vers Golinhac, point d’étape, le chemin montait « un petit peu ». Je crois même qu’elle m’a fait une petite moue de « bof, bof, y’a pas de quoi fouetter un chat »… Et ben, mon pote n’était plus mon pote jusqu’à l’arrivée au camping : ça ne montait pas « un peu » c’était l’ascension d’un col hors catégorie du Tour de France! Je suis passé de 225m d’altitude à 569m en une heure et sept minutes… 340m c’est plus haut que la tour Eiffel! Et pour faire moins de cinq kilomètres d’avancée. Je te fais grâce de l’arrivée au camping de Golinhac, bien sûr en montée, le camping portait le joli nom de Belle-vue!
Heureusement, en soirée je retrouve quatre autres pèlerins, nous nous croisons souvent aux étapes ces derniers jours, et la bière coula à flot pour… réparer les muscles dirons-nous!
Au départ le matin de Golinhac, vers 6h35, l’ambiance était autre. Content de ma nuit réparatrice, les montagnes russes de la veilles n’ont pas usé l’organisme (comme quoi, la bière peut faire des miracles!) je partais conquérant vers Conques! Objectif que je voulais à tout prix atteindre. J’aurais marché sur les genoux s’il avait fallu, mais je me faisais un devoir d’arriver à Conques. De ce fait, je m’en foutais du dénivelé du jour, de la difficulté des chemins caillouteux qui broient les chevilles. Tout n’a pas été rose façon promenade de santé, la descente vers Conques d’ailleurs est un casse pattes terrible sur terrain glissant, mais ce qui m’attendait surpassait de loin la difficulté et les douleurs ressenties sur cette étape.
Les pèlerins, souvent, disent qu’ils ont été « appelés par le chemin ». Ou bien j’étais sourd, où bien je n’ai pas voulu entendre, mais je ne me suis jamais senti happé par le chemin. Par contre Conques… d’ailleurs, je ne vous parlerai pas d’elle, en tous les cas pas des sensations et sentiments ressentis à son approche, je garde cette intimité pour mon petit cahier bleu…
Conques, (mais je ressens la même chose au Mont Saint Michel par exemple), est une ville médiévale, qui te bouffe littéralement quand tu y arrives. D’abord, tu ne la voies pas, elle est nichée au fond d’une vallée. Elle te saute à la figure après un dernier virage et l’abbatiale massive te remet à ta place de petit pèlerin, c’est elle la maîtresse des lieux! Les rues sont pavées… et là je ne comprends pas : j’ai pas étai à les coles très longtemps, mais les égyptiens, il y a environ trois mille ans nous ont construit des pyramides aux dimensions incroyables et précisions proche du dizième de poil de cul de mamouth, et nous, au moyen-âge nous avions en plus la roue, le feu, le fer et l’absynthe et on a été incapable de faire des rues où le pavé et celui d’à côté avaient au moins le même plan! Non, nous on s’est cassé le derche à mettre exprès des pavés de tailles et hauteurs différentes pour que le pèlerin qui arrive à Conques ait l’air de se dandiner de droite et de gauche tant la rue lui tord les chevilles!
Blague à part et petit coup de gueule passé (si quelqu’un bosse à la DDE, voilà un beau projet d’étude, absynthe en sus!), j’ai passé un moment magique dans Conques : j’ai dormi dans « the place to be », l’accueil Sainte Foy, une institution pour les pèlerins. J’ai suivi trois vèpres, me demandez pas ce que c’est je n’ai toujours pas compris moi-même, il n’empêche, ces messes d’une demi-heure chantées par les cinq frères t’hypnotisent. J’ai assisté au soir à la bénédiction des pèlerins, la description du tympan par un frère à l’humour bien placé, puis à un concert au piano par un autre frère dans l’abbatiale même… grandiose.
Enfin, comme toute histoire qui se finit, bien, une soirée en terrasse, avec cinq amis pèlerins, face à l’entrée de l’abbatiale, la bière à vau-l’eau, galetttes et autres mets ont égayé cette fin de journée de façon mémorable.
Le chemin continue pour certains, s’arrête ce soir pour d’autres. Avec regrets et tristesse, Pauline et Stephen nous quittent. Ils étaient tous les deux de bons amis pèlerins… pour un court et intense moment seulement… pour longtemps en souvenirs…
































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