J6 : Nasbinals – Les Cambrassats – 23,05km – 6h32 – D+478m – D-734m
Au sixième jour, quelqu’un a décidé de créer le week-end… le sixième jour de mon aventure, je suis sorti sous le crachin breton en plein coeur de l’Aubrac, vas-t-en comprendre quelque chose! Je quitte le relais de pèlerins Nada à Nasbinals à 7h45 en tenue de pluie (parka et bâche de sac), passe par la boulangerie toute proche, en ressort à 8h05… cinq minutes plus tard, après avoir traversé un chemin sur lequel s’étaient penchées des herbes hautes chargées d’eau, j’étais déjà trempé des pieds jusqu’à mi cuisse, le pantalon n’étant pas insubmersible, merci mon fournisseur, j’en parlerai au patron! Et je me dis « ben voilà une belle journée qui commence! ». La brume envahit le panorama, mais le peu qu’elle me donne la chance d’entr’apercevoir est de toute façon d’une grande beauté. Toujours et encore ces murets de pierres sèches (elles! – mais c’est comme cela qu’on les appelle ici), du relief visible jusqu’à une centaine de mètres, soudain une barrière à ouvrir : tu entres sur les terres d’un troupeau de vaches Aubrac. Tu ne les vois pas, et bientôt, une cloche et le taureau (c’est pas lui la cloche, ni lui qui la porte, il a tout compris le gars, il fait soutraiter!!!). Humblement il s’écarte et me laisse passer! Attends, tu le crois ça?… Humblement, je fais un détour, on se toise, il file un coup de corne à une de ces prétendantes, ça remue dans les brancards, j’ai comme l’impression qu’ils ne m’ont pas vu, m’en fouts je passe, le sol tremble un peu, c’est terrible de ressentir la puissance de ces animaux juste à moins de deux mètres de toi! et finalement, comme si chacun avait voulu prévenir de sa présence et que personne ne se laisserait marcher sur les pieds, tout rentre dans l’ordre, le troupeaux reprend son activité favorite, brouter, et moi mon activité préférée : je marche dans la brume, et ne me retourne pas, on sait jamais, si le chef était un tantinet susceptible, ça pourrait tourner au vinaigre pour bibi. Les orages de la nuit et les averses ont apporté suffisamment d’eau pour que des ruisseaux coupent le GR, il faut alors enjamber, sautiller de rochers en rochers pour traverser ces coulées plus ou moins conséquentes. Et comme mon vendeur m’a vendu des chaussures étanches, j’ai les orteils qui prennent un bain de minuit en se la coulant douce! Donc si un de tes pieds prends son appui au fond du ruisseau, tu le ressens à peine. Et rappelle toi, l’eau qui pénètre dans la chaussure du randonneur y entre froide, mais bien vite elle s’y réchauffe!!!
Et puis, comme par enchantement, le soleil apparaît, après un gros coup de vent. Je suis passé d’un 10° brumeux crachouilleux à un 16° humide. Mais quelle ouverture du panorama! Je retrouve les vues de la veille, étendues sauvages et rudes. Tu penses que je suis amoureux de l’Aubrac…? Qu’est-ce qui te fait dire ça????
Moment qui me tenait à coeur : l’arrivée sur la Domerie d’Aubrac. Lieu symbolique que je voulais à tout prix revoir, ces bâtiments en imposent par la pierre grise, ils apparaissent trapus, d’une solidité indestructible. C’est un des vestiges les plus parlants pour les pèlerins. L’église Notre Dame des Pauvres était un monastère très important entre le XII et XIV ième siècle et offrait protection et abri aux pèlerins surpris par la météo. Surtout ceux qui n’avaient pas d’appli de prévision, les autres anticipaient!
J’y ai passé un moment. Y venir en touriste m’avait déjà impressionné, s’en approcher à pieds en se mettant dans la peau du pèlerin m’a procuré une intense émotion. J’y ai bu un thé dans un tout petit bar, fait tamponner ma Credencial et ai repris mon chemin vers Saint Chély d’Aubrac. Si j’était en Bretagne, la plupart des villages finiraient par « mer », là j’y peux rien, c’est Aubrac qui gagne!
C’est sous un soleil de plomb que je prends mon sandwich face à ce village, pas très accueillant de beauté, mais magnifique vu de loin. Je reconnais avoir cette chance de pouvoir m’arrêter où bon me semble pour casser la croûte, et je me prends le luxe de choisir the place to be! Mais cela se mérite, la descente vers Saint Chély n’a pas vu un agent de la SANEF depuis bien longtemps, les pieds sont tordus dans tous les sens sur des cailloux et pierres qui jonchent le sentier.
J’arrive dans le lieu-dit Les Cambrassats : un hameau de trois maisons, l’une d’elle accueille les pèlerins. J’y rencontre Nadège, elle allait fermer n’ayant pas de réservation pour la nuit. De fait, elle me laisse les clés, m’autorise à planter la tente dans son jardin, et se barre!!! J’ai accès aux sanitaires, douche, frigo, cafetière… c’est aussi ça la magie du chemin. Nadège est pâtissière de profession, je ne la reverrai plus, même le lendemain matin.
Une fois la tente plantée, douche, lessive, papier journal dans les chaussures (pour absorber la légère humidité de mes chaussures vendues comme étant étanches… j’y mettrai un poisson il y aurait vécu ses plus beaux moments de nage en apnée, ben oui, les odeurs…!!!!). Et sieste!!! Quel bonheur!!! Sauf que grosse averse d’orage, ça me berce ce clapotis sur la toile de tente, je m’endors plus profondément que prévu, mais dehors, sur la corde à linge, ma lessive m’attend, mes chaussures au milieu de la pelouse ont fini de lire toutes les pages du journal… Je réagis un tout petit peu tardivement…
J’ai passé une superbe journée en Aubrac, et je crois sincèrement que ce territoire laissera une empreinte ineffaçable dans mon esprit et un souvenir incroyable… Tu penses vraiment que je suis accro à ce pays???































C’est tellement beau ce que tu dis, ce que tu montres, que j’aimerais t’accompagner, comme jadis, j’ai suivi Stevenson.
C’était beau déjà, et tu ravives mes souvenirs…
Merci à toi.
Modestine
Ecrire qqch qui mérite d’être lu, ou faire qqch qui mérite d’être raconté. Benjamin Franklin