J46 : Carrion – Ledigos – 24,66km – D+80m – D-40m – 7h10
Troisième jour complet dans la Meseta. Normalement, tout aurait dû jouer contre moi : monotonie des payasages, longues lignes droites (17km celle d’aujourd’hui, pas un virage!), pèlerins pas tout à fait à la queue leu-leu mais pas loin, cagnard (36° cet après-midi) et il n’y a pas la mer… et bien pas du tout, je me sens vivant au milieu de ces éléments même si je reste étonné par ma résistance à la chaleur. C’est LA bonne surprise de la traversée de l’Espagne. Je suis toujours en binome avec Juan, nous nous sommes disciplinés grâce à des routines de bons sens : grâce matinée jusque 5h30, le sac est prêt de la veille, il n’y a plus qu’à enfiler les habits de compèt et les chaussures. On démarre à la lampe frontale, on se paume, un peu, on rigole, beaucoup! Première pause petit déjeuner dès que nous trouvons une auberge, un café, un food-truck. Café, un truc à grignoter et on repart. Un peu plus tard, pause coca, on fait le point : on est vivant, pas trop de bobos, on a soif, on fait où la fin d’étape, choix de l’auberge d’arrivée, éventuellement on réserve. Je compose le numéro, il réserve. Je te dis, on est complémentaire!!!
Souvent on retrouve d’autres pèlerins, chacun a quelque chose à raconter, parfois la pause peut prendre un peu de temps! Mais vigilents à la météo, on ne se laisse plus surprendre et reprenons le chemin jusqu’à l’étape. Arrivée à l’albergue, par exemple ce midi, il était 13h30, soyons précis!, nous réservons notre place dans le dortoir, déjeuner d’une salade mixte, et… bière!!! routine de bon sens! Enfin, douche, sieste, écriture de ce blog. Cet après-midi, on a de la chance, il y a une piscine dans l’auberge. Je crois qu’ils vont se rappeler de notre passage ici!!!
J’ai déjà presque 120km de Meseta dans les jambes. Ce pays est vraiment beau, mais je te jure qu’il n’est pas facile et pas toujours sympa avec nous. Les chemins ne sont que cailloux blancs qui t’aveuglent enveloppés de poussière, parfois ce n’est que poussière d’où surnagent quelques cailloux blancs qui roulent sous la semelle. Ces lignes droites, interminables, Jacques Brel les aurait sans doute comparées à notre plat pays, en parlant de terrain vague, et de vagues champs de blé qui ondulent dans le léger vent du matin, et avec ce ciel ci bleu qu’un chemin s’y est perdu, avec un ciel si chaud qu’il fait l’humilité… Malgré ce décor, je suis au spectacle tous les jours. Je me découvre des capacités de résistance, de résilience, de persévérance. Mais je me sens aussi petit, très petit. Là haut ça se bouscule, pensées, réflexions, de toute façon tu n’as que ça à faire. Tu te surprends à chanter, siffler, rire tout seul. La plupart du temps, Juan et moi marchons l’un à côté de l’autre. Silencieux. Parfois on se distance. Parce que l’un ralentit ou l’autre accélère. Et quand tu te retournes et qu’il est 300 mètres derrière toi, tu te retrouves vraiment tout seul. Alors là tu peux gueuler de toute tes forces, ça fait du bien. Lui est à moitié sourd, quand il te rattrappe il te demande si tu n’as pas entendu un truc bizarre un peu plus tôt! On rigole bien tous les deux!
Dans la Meseta, il ne faut pas trop penser. Rien qu’imaginer que se retouver seul, par 36° à l’ombre, alors qu’il n’y a pas d’ombre, et que tu pourrais avoir un coup de moins bien, et bien ça te gâche la journée! On a décidé de continuer à marcher ensemble encore un moment. On l’appelle désert, elle n’est pas si désertique que ça. Il n’y a ni dune ni sable, pas le moindre chameau. Et à droite, il y a des champs de blé, à gauche des champs de blé. Et au milieu coule le chemin! Il y a quelques villages… enfin des maisons et fermes de ci, de là, parfois un point d’eau. La vie quoi! C’est vraiment un truc à faire. Il y a quelques jours, avec le groupe un peu plus étoffé, nous avions évoqué de louer des vélos et cumuler deux étapes en une journée en appuyant sur les pédales. On aurait fait une belle erreur!







La grasse mat de 5h30, quel réveil tardif 😂
J’imagine que vous avez fait les foufou dans la piscine, ça doit faire du bien aux jambes après ces jours de marche. J’espère qu’elle était fraîche !
Quelle force et quelle persévérance. Se dire qu’on en parlait, juste « d’essayer », « d’aller là où là » et tu es déjà presque à la fin de cette fameuse Meseta … tu disais « essayer » mais on sentait dans tes yeux le « j’y arriverai »
Et crier de toutes ses forces j’imagine bien la satisfaction, attention de pas trop faire peur aux lézards aussi … ptete qu’il y en a !
J’ai connu des bassins pour hippopotames dans des zoos bien plus propres. Mais quel bonheur de tremper rien que les jambes dans une eau qui paraît plus fraîche que l’air!
A une époque j’avais peut-être les yeux plus gros que le ventre et qui trahissaient sans doute la motivation et mon envie d’y arriver… et là quand je me retourne, je vois le chemin parcouru. Je t’avoue que je ne me rends pas compte. Ce sera dans quelques temps que le déclic me rendra conscient ce voyage hors norme.
Toujours aussi impressionnant ce « désert » , et encore plus ton enthousiasme et ta volonté ! Chaleur , poussière , cailloux qui roulent , « monotonie » de la ligne droite , tu arrives à tout rendre magnifique et envoutant . Un périple spécial dans cette aventure hors normes …..
Magnifique et envoutant… mais bon sang qu’il nous en fait baver ce désert! Bientôt la fin. Presque un regret!
Du vélo dans le désert ?? Mais vous n’avez peur de rien 😂
Toujours aussi fière mon père ! Je suis contente que la traversée n’est pas « trop » difficile pour toi !!
Profite bien de la beauté du lieu !
Ah Romane! Je crois qu’ici plus rien ne nous fait peur… sauf peut-être nos propres sensations.
Un rêve? Venir sur ce chemin une semaine avec ta soeur rien que pour se rendre compte de ce qu’on vit ici…
Top ce duo avec ce pèlerin qui t’accompagne depuis qq temps ! Et rassurant j’imagine avec cette chaleur du désert… Toujours aussi impressionnant de te lire et de voir ton cheminement !! Cette nuit c’est la nuit des étoiles quoi de mieux de contempler cette belle nature de là où tu seras !!
Dommage ce soir ciel couvert, quelques gouttes, juste de quoi rafraichir un peu l’air.
Juan est un bon guide, l’entraide et le soutien sont importants sur le chemin au regard des chaleurs. On veille l’un sur l’autre… jusqu’à l’heure de la terrasse et bière!
Hé bé ! Quel courage par cette chaleur !!!
Ici la piscine est claire et transparente….mais ça fait le même effet de fraîcheur.
Bonne suite de chemin, hâte de savoir ce qu’il y a après le désert
Faut il du courage, de l insouciance ou de la ténacité pour parcourir toutes ces étapes ? Tu a certainement les 3 qualités afin de réaliser ce chemin.
Encore bravo
Fait bien attention à toi
5h30… Chacun sa notion de grasse mat 😅
Impression toute cette marche et cette motivation/envie de continuer ! Ici a Dijon 3 jours à 37 et je suis dans l’appartement avec le ventilo ou au ciné avec la clim ..
Bonne chance pour la suite 💪🏼💪🏼